LA MÉDIATION

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« La médiation est un processus de communication éthique, reposant sur la liberté et la responsabilité des personnes concernées dans lequel un médiateur: tiers, impartial, indépendant et sans pouvoir ni consultatif ni décisionnel (neutre) facilite par des entretiens confidentiel l’établissement, le rétablissement d’un lien social, la prévention ou la résolution de situations difficiles. »

Cette définition de la médiation nous est livrée par la Directrice du Master, Madame Michèle Guillaume-Hofnung, «pionnière» de la médiation et de l’éthique. Cet enseignement n’est pas seulement théorique puisqu’il relève également d’une pratique. Le Master 2 Diplomatie et Négociations Stratégiques est une formation avant-gardiste dans le sens où cet enseignement est proposé dans le cadre de la gestion de conflits et des relations internationales.

SON ESSENCE DÉMOCRATIQUE

La médiation a surgi de la société civile dans les années 1980 pour faire « brèche et passerelle » selon l’expression de l’association « Droits de l’Homme et solidarité » (berceau de la médiation en France). Au même moment dans d’autres pays d’Europe, dans tous les secteurs d’activité,  la même inspiration a mû des hommes et des femmes qui sans toujours être citoyens à part entière (puisque étant étrangers  dépourvus du droit de vote) ont forgé les éléments d’un savoir vivre ensemble. Par un réflexe citoyen,  ils ont imaginé puis mis en œuvre un processus de dialogue égalitaire, LA MÉDIATION, dont la puissance provient de l’absence du pouvoir du médiateur.

 Les femmes relais issues de l’immigration, les médiateurs  de  rue qui œuvrent aussi bien au Nord qu’au Sud de l’Europe, les membres d’associations de défense des droits de l’Homme qui se sont voulus passeurs de compréhension ont inventé la médiation contemporaine pour créer ou recréer du lien social, contribuant ainsi à prévenir les conflits, dans le domaine de la santé, de la famille, de l’entreprise, des rapports de voisinages, des rapports avec les administrations ou la justice. Ils l’ont fait patiemment en se construisant une posture de tiers, impartial indépendant et neutre c’est-à-dire ne cherchant pas à faire prévaloir ses vues. Lorsque les inévitables conflits surgissaient, ils étaient  là, particulièrement aptes à contribuer à leur règlement.

 Ainsi sont nées les quatre fonctions de la médiation : la création de lien social, sa recréation, et par là même la prévention des conflits ou la facilitation de leur règlement.

 Cet élan citoyen a pris la référence emblématique d’un concept millénaire ternaire dans sa structure et dans ses résultats : la médiation. En effet, la médiation contemporaine repose sur un tiers c’est-à-dire un élément extérieur, le médiateur, et dépasse les solutions binaires, ce qui correspond aux constantes millénaires du concept.

 Mais la médiation contemporaine porte bien la marque de son temps en différant fondamentalement par son caractère égalitaire, des modes traditionnels de pacification reposant sur la contrainte morale d’un chef social ou d’un notable, tels que la palabre, l’intervention du prêtre ou de l’instituteur au siècle dernier.

 Par son processus de remise en capacité (empowerment) proche de la maïeutique socratique, la  médiation permet une communication éthique et  ainsi constitue   un  enrichissement de la démocratie.

 A la différence des modes traditionnels, la puissance de la médiation repose sur l’absence de pouvoir du médiateur, elle repose sur le libre consentement des personnes concernées et met en œuvre leur responsabilité sociétale. Le médiateur n’a que la seule autorité morale reconnue par les médiés, et celle découlant de sa  responsabilité de garant du bon  déroulement du processus de médiation.

 La médiation a surgi de la société civile comme une liberté publique donnant elle-même de l’effectivité à d’autres libertés ou à des droits fondamentaux.

 Elle contribue à l’effectivité de ce que l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 qualifie comme un des droits les plus précieux de l’Homme, la libre communication des idées et des pensées. En 1789, au moment de son élaboration, les rédacteurs envisageaient de libérer la communication de la censure, qu’elle soit royale, cléricale ou universitaire.

 Aujourd’hui, bon nombre d’entraves à la communication proviennent des « communicants » dominants, notamment les pouvoirs publics, les pouvoirs économiques et financiers ou les experts détenteurs de savoirs.

La médiation s’avère indispensable face à l’agression de ce que  notre société aveuglée par une conception contreproductive  nomme  communication « efficace », simple émission unidirectionnelle et inégalitaire, d’une « information transcendante, descendante et condescendante ».

 Exemples concrets : Les textes internationaux  sur les droits de l’Homme et la bioéthique consacrent tous le droit à l’information et la nécessité du consentement comme un droit fondamental. En Italie, une association de médecins, la CRINALI, a fait appel à des médiatrices interculturelles, pour que les femmes immigrées puissent avoir accès à des consultations de gynécologie obstétrique, sans avoir peur de la confrontation avec l’autre.

On peut citer les actions menées par des associations dans la plupart des pays européens pour créer des passerelles de compréhension entre les populations nomades, gitanes, rom et les  populations sédentaires de ces pays.

UN CONCEPT RIGOUREUX OBSCURCI PAR UN FLOU TEXTUEL

 Quelques télescopages terminologiques ont obscurci le sens du mot médiation:

 1. La mauvaise traduction en France et dans les pays francophones, du terme ombudsman par celui de médiateur

 Pour respectables et utiles que soient ces institutions, elles ne présentent pas les caractéristiques de la médiation, à commencer par l’extériorité du médiateur, ni son processus confidentiel et sa totale absence de pouvoir. Fort heureusement, le Médiateur de la République française, qui n’était pas tiers vis à vis de l’administration, mais qui, en raison de la désinvolture terminologique des pouvoirs publics en matière de médiation, a inspiré un certain nombre de « médiateurs » « internes », devient défenseur des droits.

 On peut dès lors espérer des rectifications terminologiques qui permettront de faire prévaloir leur qualification correcte, celle de conciliateur ou de régulateur quand ils détiennent des pouvoirs de décision ou de sanction.

 2. La traduction trop souvent indifférenciée de l’expression anglo-saxonne « Alternative dispute Resolution » en médiation, crée une nébuleuse terminologique  nuisible à  son efficacité.

 La médiation se trouve affublée d’une réputation injuste et d’un concept flou. Sa récupération (par les professionnels du procès et les États) altère son essence éthique et démocratique, en même temps qu’elle réduit sa sphère d’action  à une fonction d’évitement du recours à la Justice. La médiation risque de devenir une justice du pauvre comme le laissait craindre le pré-rapport du Séminaire de Créteil (voir la proposition de lecture n°4 ci-dessous).

 C’est pourtant cette acception réductrice qui est la plus connue y compris dans les recommandations du Conseil de l’Europe. Les modes alternatifs de règlements des conflits connaissent  un grand succès et la faveur des États qui voient en eux un moyen de « désengorger » les tribunaux. Pris dans  un effet de mode très contagieux, les États  se sont donné l’illusion de réforme en requalifiant  le terme classique de conciliation en celui de médiation sans rien changer ni aux objectifs ni au régime juridique.

 Cette désinvolture explique qu’aujourd’hui, l’Europe ne sait pas tirer parti du potentiel démocratique éthique de la médiation. La médiation court le risque de se figer, de perdre sa nature de processus pour devenir une nouvelle procédure  rigidifiée par des codifications.


Pour en savoir plus au sujet de la Médiation:

Lectures à télécharger en .pdf :

 

Ouvrage:

  • La médiation, Michèle Guillaume-Hofnung, Que sais-je ?, 7ème édition, Paris, PUF, 2015

 

Sites traitant de la médiation à visiter:

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